Souvenirs confus
Souvenirs confus de l'Ecume des Jours.
Le café librairie ou le besoin d'un espace différent
« Une librairie est un lieu de vie, le reflet d'une manière d'être et d'une personnalité pour ne pas dire d'une indépendance... »
Daniel Pennac in « Gardiens passeurs »
C'est un endroit unique au sein du quartier, du village, le lieu qui tente de recréer le lien social disparu.
Une embarcation façon « arche de Noé » qui serait un « bateau ivre » face aux dérives du système capitaliste marchand qui institue de grands groupes de diffusion (Hachette depuis la vente de Vivendi + de 70 % du marché du livre en France) et de grandes surfaces de vente du livre où le lecteur n'est plus qu'un client qui achèterait un livre comme on achète une casserole. Dans ces conditions le café - librairie apparaît comme un contre projet, l'anti-thèse de la grande surface, du centre commercial.
Le café librairie est un commerce où l'on vient trouver plusieurs choses en même temps (livres, boissons, commande d'ouvrages, recherche bibliographique, les caramels mous au beurre salé, les rencontres et discussions avec les autres ...). Le café - librairie est un centre commercial à échelle humaine.
C'est un centre ville à lui tout seul. Il faut noter que le café a été de tous temps le lieu de prédilection pour la naissance de la rencontre. C'est le lieu créateur de la parole quelle qu'elle soit.
Ce n'est pas le café qui a envahi la librairie mais bien l'inverse. La librairie s'est accaparé l'idée du comptoir et est devenue café, « troquet » peut-être pour des raisons économiques car ce commerce de proximité a tendance a disparaître depuis quelques années au profit des grandes surfaces. Puis il a trouvé son identité au point qu'aujourd'hui, nombreuses sont les questions a son sujet.
Un endroit où l'on vient retrouver les choses essentielles : la parole, la communication avec l'autre. Le livre peut alors être l'objet prétexte (pré - texte : j'entends par là que le texte, littéraire ou pas devient l'objet, le lieu de rencontre entre les personnes dans la librairie).
Le livre constitue le support de l'activité lecture. Or la lecture est par essence une activité solitaire. Réunir les lecteurs ou les lecteurs potentiels dans l'enceinte du café - librairie provoque les rencontres et les échanges.
Le café librairie serait-l un remède contre la solitude, le cloisonnement ?
« On n'entre pas dans une librairie on n'entre chez un libraire »
Jean Sébastien DUPUIT - Directeur du Centre National du Livre.
Il est vrai aussi que l'on se rend chez d'autres commerçants mais il faut noter là que le livre a par nature la qualité d'induire une autre relation et la diversité des romans, des romans, des récits.... invite nécessairement au dialogue.
A l'heure de l'internet, des moyens de communications de plus en plus sophistiqués le café - librairie semble être le dernier rempart humain contre la solitude et l'ignorance.
Le Café Librairie comme réponse aux gestionnaires de la culture :
Face au risque de n'avoir plus à déguster, dans un avenir proche, qu'une littérature « fast-food », il me paraît urgent de résister aux pouvoirs grandissants des gestionnaires de la culture.
Le livre est un tel enjeu qu'il exige d'autres critères de valeur que sa seule vitesse de rotation. Et je crois même que son irremplaçable richesse tient à ses lenteurs, à ses pesanteurs. Ce sont ces contraintes qui font du livre cette liberté qui dure.
Oui, il faut un autre temps pour le livre : un temps pour l'écrivain face à son œuvre, pour l'artisan face aux papiers, aux encres, un temps aussi pour le bibliothécaire en ses choix, le libraire en son commerce, comme pour le lecteur en son plaisir.
Le temps, sans doute, que mûrissent les rencontres, que s'accompagnent les imprévisibles métamorphoses. Le temps du lent émerveillement. Celui de l'urgence d'aimer.
Jean-François Mannier.
A propos de cet éloge de la lenteur de Jean François Mannier j'ai envie de dire comme Léo Férré « l'immobilité , ça dérange le siècle, l'immobilité c'est un peu le sourire de la vitesse ».
Jean-François Mannier est directeur de la maison CHEYNE Editeur.
Il a publié ce fameux « Matin brun » de Franck Pavloff, plébiscite contre la montée du fascisme.
On a l'impression là que le café librairie devient alors une sorte de force qui tire vers la poésie, qui mets des bâtons dans les roues de la société marchande qui nous retient, qui nous empêche de tomber... un parapet.
Voilà ces souvenirs débridés de l'Ecume des Jours, une autre île au milieu de l'océan... puisque lui seul est immuable. Dans mille ans la bêtise aura disparu, l'Atlantique sera toujours là, et nous dirons aux passants que Mozart a été enterré dans une fosse commune, que Guillermo Rozalès nous a quitté, que Rimbaud fut amputé pour mourir bientôt.
Vladimir Maïakosky laissa ces derniers mots en se donnant la mort : l'incident est clos.
Mais, peut-être que je rêve... jusque là tout va bien !